Historique du Surf en France

Les français, à la fois si critiques sur leur pays et si chauvins, ne devraient jamais oublier qu'ils vivent en des terres bénies des dieux : climat tempéré, à mi-chemin du Pôle et l'Equateur, baignée par l'Atlantique et la Méditerranée sur des milliers de kilomètres, puzzle de terres fertiles aux paysages étonnamment variés, richement irriguée, dotée de somptueuses montagnes, la France est favorisée par la nature.
L'homme de Cromagnon et nos ancêtres périgourdins ne s'étaient pas trompés de halte.
Il préféraient cependant, pour leurs loisirs, la peinture au surf mais shapaient déjà le silex et l'os.
Ce n'est pas un hasard si le surf
français a fait son apparition
au Pays Basque, patrie des pêcheurs
de baleine et concentré de
qualité de vie. Les locaux,
sportifs racés et inventifs,
connaissaient les jeux avec ces houles
puissantes, venues d'un lointain Nord-ouest,
se briser majestueusement à
Guéthary ou la Barre, au fond
de cette poche naturelle redoutée
des marins et qui a nom : Golfe de
Gascogne."En Gascogne les vagues
cognent" pourrait-on dire. Le
Gulf-Stream courant chaud rasant les
côtes favorise là, les
activités aquatiques et de
doux micros-climats.
Le surf français commença
donc là où des pionniers
eurent vite fait de construire leurs
planches, d'inventer le "leash"
et le "go-home" sans jamais
négliger la fête sacro-sainte.
Mais ces houles venues de l'Atlantique-Nord
brisent aussi plus haut, délaissant
la roche pyrénéenne
pour l'immense et sauvage plage de
sable qui s'étend de l'Adour
à la Garonne sur plus de deux
cents kilomètres, bordée
de la plus grande forêt d'Europe.
Le surf se développa donc sur
les côtes landaises et girondines
en des spots multiples comme Hossegor,
Seignosse, Vielle Saint-Girons, Mimizan,
Biscarrosse, La Salie, Cap Ferret,
Lacanau, Montalivet pour n'en citer
que quelques-uns. Myriade de beach-breaks
plus ou moins secrets, changeant au
gré du déplacement des
bancs de sable et des courants de
baïne, des initiatives locales
de pionniers jaloux de leur territoire
et sportifs éclectiques.
La suprématie basque commença à être battue en brêche par landais et girondins et certaines rivalités historiques, notamment dans les années 80, appartiennent à notre légende du surf. Mais il était dit que le phénomène ne s'arrêterait pas au pays de la lamproie et de l'esturgeon. Moins bien fournies en houles, avec des eaux plus froides mais bénéficiant de rivages variés et d'une solide culture maritime les côtes de Vendée, de Bretagne, de Normandie furent à leur tour touchées par le virus du surf au point historique qu'en 1978, un gamin d'Amiens fut champion de France junior à Anglet...
La Méditerranée enfin
ne pouvait échapper à
la surfmania, utilisant des houles
plus courtes et de régime spécifique
et des vents de terre violents. Même
les corses s'y mirent, sans compter
bien sûr les adeptes estivants
venus de toute l'Europe et en premier
lieu, les allemends, assez récents
(?) colonisateurs de la côte
Aquitaine.
Mais l'étranger, c'est grand. Des surfeurs américains, australiens, grands voyageurs des années 70, découvrirent le charme des vagues françaises mais aussi la douceur de vivre du Pays Basque, la bonne chère et le vin de Bordeaux, les jolies filles qui n'allaient pas tarder à enlever le haut - inimaginable en Californie - les fêtes locales, le faible encombrement de très beaux spots, bref un environnement assez paradisiaque si l'on considère qu'une vague, aussi nécessaire soit-elle, n'est pas tout dans la vie comme a sûrement dit Epicure.
La vérité oblige à dire que ces incursions étrangères n'allèrent pas sans problème surtout vis à vis de l'"Anglais", ennemi héréditaire et surfeur trop moyen pour être admiré. Un hasard accentua la cote de la côte Aquitaine. C'était la veille de l'ouverture des premiers championnats du Monde amateurs organisés par la F.F.S., en Septembre 1980.
Ce jour là, Seignosse conjuga un soleil de plomb, des vagues de deux mètres et un vent de terre magique. Les délégations étrangères passèrent une journée folle à prendre tubes sur tubes, décrétant, presque incrédules, qu'ils venaients de découvrir " les plus beaux beach-breaks du Monde".
L'expression est restée et Maurice COLE, leader du team australien, aussi. Aujourd'hui encore une vague comme la Gravière perpétue le mythe.
Plus tard, avec l'arrivée en France de trois compétitions majeures du circuit professionnel, donnant parfois lieu à des sessions hawaïennes, ce furent Tom CURREN et Garry ELKERTON qui décidèrent de se fixer là, l'un à Biarritz et l'autre à Lacanau, victimes d'un coup de foudre où se conjugaient la douceur de vivre du pays, la douceur des bras de deux de nos compatriotes féminines et la moindre douceur de quelques swells mémorables. C'étaient quand même les numéros un et deux mondiaux. "Cocorico" comme dit le coq Rénato à Elko.
Pour des raisons plus terre à terre, si l'on peut dire en ce cas, des sociétés aussi prestigieuses que QUIK-SILVER et RIP CURL virent tout le profit lucratif qu'elles pouvaient tirer d'un lieu où la montagne pleine de skieurs touchait à la mer pleine de surfeurs. C'était souvent les mêmes. "Pays de glisse exquises, on pouvait aussi y faire des devises" se dirent les "Aussies" avisés.
Il est un autre domaine où la France se montre à son avantage dans le monde du surf. C'est dans l'organisation et l'administration de grandes épreuves sportives. En 1980, pour les championnats du Monde amateurs, les français mettent au point les premières règles formalisées de jugement et le premier tableau d'avancement systématique d'une compétition. Aujourd'hui encore, certains textes fédéraux font autorité par delà nos frontières. Le Lacanau-Pro fut souvent cité comme la compétition la mieux organisée au Monde et son créateur, Jacques HELE, réussit à devenir le Président de la Fédération Mondiale, ce qui n'est pas un mince exploit quand on connait les hégémonies anglo-saxonnes.
La rigueur jacobine et administrative de la culture française a parfois du bon, surtout quand elle s'allie à un sens de l'accueil dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas toujours le trait caractéristique des grands rendez-vous internationaux.
Finalement le seul vrai problème de la France, relativement au surf, est sa latitude. Difficile à résoudre! Houles puissantes et climat clément ont du mal à coïncider sur nos côtes surtout si le fameux anticyclone des Açores s'en mêle : Générateur de beau temps il est aussi l'ennemi des vagues. Les grosses houles demandent des tempêtes lointaines.
Or ces tempêtes sont surtout hivernales, à une époque où la température de l'eau n'excède pas dix degrés, conditions éprouvantes sinon totalement dissuasives. En été au contraire, si aller à l'eau est un plaisir et parfois une nécessité, l'Atlantique est plus sage, donc les houles plus légères, avec de notables exceptions .
On se console de cette discordance entre climats et houles en pensant aux surfeurs écossais ou en attendant le mythique automne et son "été indien", ses lumières vermeilles baignant des côtes encore chaudes et débarassées des foules estivales, période des vendanges et des tourterelles, pour goûter le bonheur égoïste d'un surf harmonieux.
Et puis la France, comme aurait dit De Gaulle, c'est aussi Tahiti et la Réunion, constants réservoirs de surfeurs prodiges, la Guyane méconnue et nos Antilles, autant de côtes magiques que leurs latitudes dispensent de nos relatifs frimas.
Elles sont d'ailleurs prisées par ceux qui ont le temps et les moyens d'échapper à notre hiver ou qui ne souhaitent pas, exclusifs dans leur passion, troquer une planche de surf contre une paire de skis. La neige, le saviez-vous, n'est qu'un état physique de l'eau. Le snowboard tente de le prouver.
Quel peut-être l'impact d'un tel biotope et d'une telle culture sur le surfeur français ? Darwin a montré l'influence du milieu sur l'évolution des espèces animales... Le surfeur français ne contredira pas son hypothèse. Doué et souvent dilettante, peu enclin à se remettre en question, longtemps allergique à la compétition jugée liberticide, pris (?) dans un système éducatif qui privilégie l'esprit au détriment du corps, rencontrant des difficultés climatiques pour une pratique continue, globalement peu aventurier et difficile à gérer, soucieux de particularismes locaux, porteurs de valeurs incontournables à ses yeux, tiraillé entre les exigences du haut niveau et la douceur de vivre, ponctuellement très brillant et manquant de constance, le surfeur métropolitain est un sportif français au fond.
Le surf est jeune en France et la première génération de fils, voire petit-fils de surfeurs commence à apparaître dans un melting pot d'origines assez intéressant. Les choses évoluent, des choix se dessinent, des résultats arrivent, des structures se mettent en place, lentement, dans le conflit souvent comme en France, en un mot.
Le contexte complaisamment décrit ici a fait du surf et de la glisse un marché juteux dont les intérêts ne sont pas toujours en accord avec ceux d'une politique sportive que tente d'adapter la Fédération Française, soucieuse de sa mission de service public.
Mais au fond, pourquoi le surf échapperait-il aux vieux travers de la sociéte française, travers qui font parfois son charme et souvent ses bloquages ?...
Demain, dit-on, la couche d'ozone,
l'effet de serre et la montée
des eaux, la pollution et l'hystérie
des spots, la pensée unique
du fric, la mort de l'idéal
sportif (!.?) questions non négligeables
certes pour qui voit plus loin que
le nose de sa planche et l'intérêt
de sa côtière boutique.
Et pourtant, longtemps encore, de
grandes houles d'Ouest, dédaigneuses
de nos problèmes, balayant
les frimeurs, feront que , à
Guéthary, dans une vague antérieure
à notre bipédie, prétentieuse
et génératrice de génie
cependant, quelques humains sponsorisés
par "Nobody", continueront
de jouir d'un vertige qui nous habite
à jamais.








